Le Vent se lève

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Hikoki Gumo by Yumi Arai on Grooveshark

Bonjour à tous,

Comme promis à notre ami Micami, je suis allé voir le dernier long-métrage de Miyazaki dès sa sortie pour pouvoir vous donner mon avis le plus tôt possible. Sachez avant tout que je n'en suis pas du tout ressorti déçu, et je vais vous expliquer pourquoi dans les lignes qui vont suivre. Il s'agissait du premier film du maître que j'avais l'occasion de voir sur grand écran, expérience qui restera sans doute gravé pour longtemps dans ma mémoire d'admirateur inconditionnel d'un homme qui nous livre ici une œuvre on ne peut plus intime.

 

LE VENT SE LÈVE (Kaze Tachinu) est un film d'animation japonais du studio Ghibli réalisé par Hayao Miyazaki. Sorti le 20 juillet 2013 au Japon puis le 22 janvier 2014 en France, il a été sélectionné en compétition officielle lors de la Mostra de Venise en 2013. Il est également nommé pour l'Oscar du meilleur film d'animation pour l'année 2014. Il avait également fait l'objet d'une avant-première mondiale lors du Festival Lumière à Lyon le 19 octobre 2013. La musique a été composée par le fidèle acolyte de Miyazaki qu'est Joe Hisaishi, et le personnage principal est doublé par Hideaki Anno (célèbre pour sa série Neon Genesis Evangelion, et pour avoir longtemps travaillé pour le studio Ghibli). Il s'agit d'une biographie inspirée de la vie de Jirō Horikoshi, ingénieur à l'origine des chasseurs Zéro, bombardiers utilisés pendant la seconde guerre mondiale par l'armée impériale japonaise. Ce sujet controversé a fait couler beaucoup d'encre, notamment en Corée du Sud. Le titre du film est quant à lui un hommage à Paul Valéry et son poème "Le Cimetière Marin", ainsi qu'à Tatsuo Hori et roman éponyme. D'une durée de 2 heures et 6 minutes, il s'agit de l'un des films les plus longs du studio.

Le Vent se lève

 

S Y N O P S I S

Nous sommes dans les années 1920, entre deux guerres qui ont marqué à jamais l'humanité. Le jeune Jirō Hirokoshi, passionné par le ciel, le vent et les machines volantes, rêve de devenir pilote, mais sa myopie l'en empêchera. Il décide alors de commencer des études d'ingénieur en aéronautique à la prestigieuse université impériale de Tokyo.

Le Vent se lève

Un autre drame survient alors  : le tremblement de terre du Kantô, le 1er septembre 1923. D'une magnitude de presque 8 points, il a engendré des incendies destructeurs dans toute la capitale devenue un nuage de cendres, et faisant des dizaines de milliers de victimes.

Le Vent se lève

Mais cette catastrophe permettra à Jirō de faire la connaissance de la belle Nahoko, dont il va très vite tomber amoureux. Après ces évènements, il est embauché par ce qui deviendra en 1934 Mitsubishi Heavy Industries, et est chargé de la conception d'avions.

Le Vent se lève

C'est alors que s'approche le temps de la guerre. L'entreprise désigne la jeune recrue pour dessiner un nouvel engin pour l'armée impériale, le plus rapide qu'elle n'avait alors jamais piloté. Très influencé par le travail de l'ingénieur italien Giovanni Battista Caproni, Jirō va tenter de satisfaire les désirs de son entreprise, de réaliser son rêve d'enfant, tout en conservant son humanité et son amour Nahoko.

Le Vent se lève

 

I M P R E S S I O N S

Difficile, comme pour la plupart des œuvres du maître, de savoir par où commencer. Je tiens à vous le dire encore une fois : voir un film de Miyazaki sur grand écran est une expérience unique et que vous devez absolument vivre au moins une fois, alors si ça n'est pas encore le cas, courez vers le cinéma le plus proche !

Le Vent se lève

Peut-être est-ce inconsciemment, peut-être est-ce volontairement, mais Le Vent se lève semble parfait pour conclure la carrière cinématographique de Miyazaki. En effet, le film agit comme un concentré de tous ses métrages précédents, de tout son univers. Vous aurez sans doute, à la lecture du synopsis, remarqué l'abscence du fantastique que l'on avait tant apprécié chez lui, et qui a fait sa renommé internationale, notamment avec Le Voyage de Chihiro. Détrompez-vous, ce film déborde de magie.

Le Vent se lève

Tout en mettant en scène l'intrigue la plus réaliste de sa carrière, ce magicien de l'animation parvient à nous faire vivre une expérience magique. Il fait vivre les avions de Jirō comme personne, les anime comme on anime des oiseaux, des esprits, des créatures mystérieuses que le pilote chercherait à maîtriser, voir même à combattre, comme c'était déjà le cas dans le Château Ambulant. Miyazaki anime aussi la nature, la Terre. La scène du séisme de 1923 est saisissante d'effroi. Le sol ondule comme le font les esprits du monde de Chihiro et les chimères marines de Ponyo, dévorant littéralement tout sur son passage, comme une nature assoiffée de vengeance.

Le Vent se lève

Le jeu des ombres est aussi très présent dans le film, ce qui nous rappelle encore une fois beaucoup ses prédécesseurs. La nature est magnifiée, à l'instar de Porco Rosso, on a le plaisir de contempler de grandes fresques de la campagne japonaise, mais aussi de l'Allemagne et de l'Italie des années trente.

Le Vent se lève

Miyazaki aborde également, outre la force de la nature et l'aéronautique, d'autres sujets qui sont particulièrement chers à son œuvre : la maladie et la haine de la guerre. Nahoko, la dulcinée du jeune ingénieur japonais, est en effet atteinte de tuberculose, la même maladie dont était atteinte la mère des petites Mei et Satsuki dans Mon Voisin Totoro, et la même encore qui a foudroyé la mère du réalisateur lorsqu'il était enfant. La belle Nahoko se battra sans relâche pour échapper au pire, tout en soutenant Jirō dans sa tâche périlleuse d'armer le Japon d'un chasseur sans précédent.

Le Vent se lève

Comme je l'ai d'ailleurs dis en présentation, le sujet traité par Le Vent se lève a réveillé de vieilles tensions entre le Japon et ses pays voisins qu'il a colonisé lors de la seconde guerre mondiale. Cependant, ces polémiques n'ont pas lieu d'être. Dans son dernier long métrage, Miyazaki, pacifiste convaincu, est très loin de défendre cette position passée de l'Empire du Japon. Il narre ici la vie d'un homme qui rêvait d'avions, de ciel, passionné d'aéronautique, qui voulait seulement créer une machine parfaite. On l'entend d'ailleurs dire lorsqu'il présente son projet à ses collègues, que le Zéro pourrait être bien plus performant si on lui enlevait ses mitrailleuses. Miyazaki a également expliqué lors d'une interview que si Jirō avait peut-être réfléchi aux actions que l'armée allait perpétrer à l'aide de ses engins, il n'imaginait sûrement pas qu'elles seraient d'une telle ampleur destructrice.

Le Vent se lève

Enfin, ce qui fait aussi de Kaze Tachinu un film atypique du maître, c'est la présence d'une relation amoureuse pendant une grande partie de l'intrigue. Alors que l'on avait vu Miyazaki si intime seulement dans Porco Rosso (entre Marco et Gina), le réalisateur semble ici s'être une nouvelle fois laissé emporter par ce charme de l'amour, avec le couple formé par Jirō et Nahoko. Cette intimité rapproche alors l'œuvre de la vie de Jirō Hirokoshi d'une part, mais surtout de celle du réalisateur, à se demander s'il n'y aurait pas là une esquisse autobiographique, du féministe convaincu amoureux des femmes, et du rêveur perpétuel amoureux des machines volantes qu'est Miyazaki.

Le Vent se lève

Enfin, musicalement parlant, la patte de Joe Hisaishi est une nouvelle fois présente et reconnaissable, et s'allie comme toujours parfaitement à l'univers du film. Le thème du générique, Hikōki-gumo (littéralement « nuage de l'avion »), est interprété par Yumi Matsutōya, déjà connue pour les chansons de Kiki la petite sorcière.

Notons également le choix audacieux qui a été fait pour les effets sonores du film. En effet, ce sont uniquement des voix humaines qui les ont créés. Le grondement des moteurs d'avions, le sifflement de la vapeur des locomotives, le rugissement terrifiant du tremblement de terre ont tous été produits de cette façon. Cet élément est d'autant plus important qu'il permet à Miyazaki d'insuffler de la vie dans ces objets, ces véhicules, ces évènements naturels, une manière de plus d'introduire de la magie dans un contexte on ne peut plus réaliste.

Le Vent se lève

Au contraire d'une intention de rouvrir de vieilles plaies, cette œuvre ultime est une véritable ode à la vie, un plaidoyer pour le rêve et l'humanité. Le combat de Nahoko contre la maladie, le désir de Jirō de réaliser son rêve, l'implication dans son travail insufflé par l'inspiration que lui procure Caproni, et cette phrase que répètent chacun de ces trois personnages, elle-même inspirée par Paul Valéry : « Le vent se lève !... Il faut tenter de vivre ! », nous rappellent la valeur de la vie, ses hauts et ses bas, le besoin de persévérer et de se réaliser pleinement. Sans oublier l'humour parfois dérisoire, simple mais systématiquement efficace que le réalisateur introduit dans des sujets aussi importants, qui prouve une fois de plus la maîtrise parfaite de son art. Comme si Miyazaki nous avait fait rêver pendant plus de trente ans, nous avait donné tant d'occasions de garder la tête dans les nuages, de croire en une Montagne magique (roman de Thomas Mann, cité plusieurs fois par Jirō), un échappatoire fantastique, un monde onirique, un monde fabuleux où tout est possible, et voulait nous dire dans sa dernière œuvre que c'est à nous désormais de poursuivre l'aventure, et de faire de cet univers merveilleux une réalité.

Le Vent se lève

Il est venu la tête dans les nuages, il repart à bord d'une machine volante. C'est ainsi que le génie de l'animation japonaise Hayao Miyazaki nous livre un onzième et dernier chef-d'œuvre intime, mature, atypique et en même temps si familier, fidèle à cet homme qui n'a finalement jamais cessé de croire en un monde meilleur. Une manière pour lui de nous dire au revoir, de terminer une carrière exceptionnelle qui restera gravée dans la mémoire de beaucoup d'entre nous, marqués à jamais par un personnage unique en son genre.

 

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Micami 23/01/2014 23:17

Tu avais prévenu, c'est effectivement difficile de ne pas avoir envie de voir le film après avoir lu un tel article !

Tout d'abord, je tenais à souligner la qualité de ton écriture qui sait parfaitement nous faire ressentir ce que tu as pu vivre lors de ce visionnage, on t'imagine aisément dans la salle de cinéma avec les yeux brillants comme ceux d'un enfant qui découvre un nouvel univers.^^

Pour ce qui est du film, comment dire... Je veux le vooooiiiiiir !!!

Quand on lit le synopsis, on a le sentiment que cette œuvre se rapproche surtout d'un Porco Rosso mais ce que tu dis sur la manière qu'a Miyazaki de traiter une thématique plus réaliste est très intéressant et je ne doute pas de la capacité du maître à insuffler de la magie dans son œuvre, même quand le contexte s'y prête moins.
Pour le reste, je suis assez fanatique de Miyazaki également donc il n'y a pas de raison qui ça ne me plaise pas, surtout si les thèmes que le maître aime tant aborder sont toujours là. Ma seule crainte, si j'ose dire, réside dans la durée du film car j'ai un peu peur que le rythme y soit un peu lent du coup, c'est le seul élément qui pourrait me gêner un peu dans mon visionnage je pense,

Pour finir, je me rends compte que je n'ai jamais vu de film de Miyazaki au cinéma non plus, voilà qui risque de me procurer à moi aussi des émotions toutes particulières si j'ai l'occasion de le voir en salle...

Merci pour cet article, j'espère pouvoir découvrir "Le vent se lève" samedi et l'apprécier autant que toi !

Alex 24/01/2014 11:34

Haha, je vais demander un pourcentage au studio pour la pub que je leur fais ! :P

Merci beaucoup pour tout ces compliments ça me fait très plaisir ! Et j'avais bien les yeux qui brillaient pendant deux heures. XD

Sinon par rapport à la durée, il est vrai que certaines scènes sont un peu longuettes, mais ça permet de se remettre de nos émotions des précédentes ! ^^