Le Conte de la Princesse Kaguya

Publié le

Celestial Being Music I (Tenjin no Ongaku I) [天人の音楽Ⅰ] by Joe Hisaishi on Grooveshark

Chères lectrices, chers lecteurs,

Malgré ma promesse de publier mensuellement, me voilà de retour après trois longs mois d'absence. Trois longs mois qui s'achèvent par l'obtention de ma licence de japonais et mon admission par concours en 4ème année à Sciences Po Lyon ! Mais bien loin de moi l'idée de vous parler de politique, je suis de retour pour vous faire découvrir et pourquoi pas vous faire rêver. C'est le dernier film de Takahata qui a attiré mon attention cette fois, et je peux vous dire que je ne m'attendais pas à une telle surprise.

 

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA (Kaguya Hime no Monogatari) est un film d'animation japonais du studio Ghibli réalisé par Isao Takahata. Sorti le 23 novembre 2013 au Japon puis le 25 juin 2014 en France, il a été le film d'ouverture du festival international du film d'animation d'Annecy 2014. Il était également à l'affiche de la "Quinzaine des réalisateurs" au festival de Cannes et a reçu le Nippon Akademi-shô (équivalent du César au Japon) du meilleur film et de la meilleure musique. Musique composée par notre ami Joe Hisaishi, qui travaille pour la première fois avec ce réalisateur emblématique du studio Ghibli. L'histoire est librement inspirée du "Conte du coupeur de bambou" (Taketori no monogatari), considéré comme le texte narratif japonais le plus ancien, daté Xème siècle. D'une durée de 2h17, il assume une style graphique atypique.

Le Conte de la Princesse Kaguya

S Y N O P S I S

Il était une fois, dans la province japonaise, un vieux coupeur de bambou. Malheureux de n'avoir aucun enfant, il semble respirer la joie de vivre lorsqu'il trouve, dans une mystérieuse canne de bambou étincelante, un bébé de la taille de son pouce. Lui et sa femme décident alors de l'élever comme leur propre enfant.

Le Conte de la Princesse Kaguya

Il découvre ensuite un trésor à l'intérieur d'un autre bambou. Considérant ces deux présents comme envoyés du ciel, il fait le serment d'utiliser cet or pour élever sa fille comme une véritable princesse. Elle deviendra très vite une jeune fille à la beauté resplendissante, à tel point que la nouvelle se propage dans tout le pays.

Le Conte de la Princesse Kaguya

Après avoir déménagé dans la capitale et laissé derrière eux leur vie à la campagne, la princesse Kaguya et ses parents mènent une existence faste et luxueuse. C'est alors que cinq nobles princes se rendent dans sa demeure pour demander la main de la jeune princesse. Celle-ci les met alors au défi de lui rapporter des trésors légendaires, comme le bol de pierre du Bouddha ou une branche à joyaux de l'île Hôrai.

Le Conte de la Princesse Kaguya

C'est ensuite l'empereur lui-même qui lui rend visite et est témoin de son incroyable beauté. Il lui propose alors de devenir une de ses compagnes, mais ignore que la princesse Kaguya est en proie à une mystérieuse destinée, la condamnant à retourner là d'où elle vient : sur la lune...

Le Conte de la Princesse Kaguya

 

I M P R E S S I O N S

Après quatorze ans d'absence, Takahata revient, lui aussi, avec un ultime chef-d'œuvre. Tout d'abord, reprendre le "Conte du coupeur de bambou" était un pari plutôt risqué. On suppose qu'il a été écrit entre le IXème et le Xème siècle par Dame Murasaki Shikibu, auteur du très célèbre "Dit du Genji", premier roman psychologique et œuvre majeure de la littérature japonaise. Il s'agit donc là d'un des contes les plus connus au Japon, que tous les japonais connaissent certainement, et qui a déjà été adapté de très nombreuses fois en film, en série, en anime, en manga, en BD, en ballet, en jeu-vidéo... Ainsi le seul moyen pour Takahata se faire de ce film une réussite était de se démarquer, de sortir du lot, et c'est chose faite !

Le Conte de la Princesse Kaguya

Si la trame générale suit plus ou moins l'histoire originale, le réalisateur a fait preuve ici d'une performance visuelle inattendue. Contrairement à son homologue Miyazaki qui recherche plutôt la perfection et la précision graphique pour chacun de ses films, Takahata utilise dans Le Conte de la Princesse Kaguya un trait beaucoup plus libre, parfois presque abstrait, comme on l'avait déjà un peu aperçu dans Mes Voisins les Yamada. C'est donc un film aquarellé, aéré, aux tons pâles mais délicats, dont la graphie est en parfaite symbiose avec l'humeur des personnages et l'atmosphère générale de chaque scène, que nous offre le réalisateur. Les crises d'angoisse ou de colère de la princesse laissent alors apparaître un trait fort et chaotique, presque brouillon, tandis que la contemplation des cerisiers en fleurs est légère et savoureuse.

Le Conte de la Princesse Kaguya

La légèreté travaillée par Takahata dans sa réalisation lui permet de se hisser au dessus des autres adaptations du conte. Elle lui permet également de se rapprocher d'autant plus de l'époque dans laquelle se déroule l'intrigue, l'époque de Heian, âge d'or de la littérature classique et des arts de la cour japonaise. L'écriture employée par Dame Murasaki Shikibu dans la composition du conte, composée uniquement de kana (caractères d'origine japonaise), caractéristique des femmes de la cour, est réputée pour sa simplicité et sa légèreté. De plus, la légende est également illustrée dans un emakimono (rouleau peint) de Kose no Ômi, calligraphié par Ki no Tsurayuki, poète novateur, illustre de son temps. Ainsi le style graphique choisi par Takahata, loin d'être si hasardeux, s'avère finalement extrêmement réfléchi.

Le Conte de la Princesse Kaguya

Un petit mot désormais à propos de la musique. Joe Hisaishi nous a habitué à ses bandes-sons réussies, si bien que quelques notes suffisent pour reconnaître un de ses morceaux. Il gagne encore une fois son pari avec un son léger et entraînant, à l'instar du visuel. La scène finale s'avère d'ailleurs incroyablement et étrangement envoutante, emportée par des airs de percussions et de flûtes typiques de la musique traditionnelle indienne : le bouddhisme est aussi un élément essentiel de la culture de l'époque de Heian et de la vie à la cour. Enfin, le générique du film, intitulé "Inochi no Kioku" (souvenirs de la vie), interprétée par Kazumi Nikaido, clôt parfaitement la narration, laissant au spectateur le souvenir du passage éphémère de la Princesse Kaguya.

Le Conte de la Princesse Kaguya

Vingt-cinq ans après Le Tombeau des Lucioles, Isao Takahata n'en finit pas de nous émouvoir. Tandis que son confrère et ami Miyazaki nous fait rêver par ses mondes étranges et fantastiques, Takahata, plus proche du réel, dépeint la nature de l'homme et ses sentiments les plus profonds : la venue miraculeuse de la Princesse Kaguya sur terre, vue par ses parents adoptifs comme un don du ciel, et son triste départ, inévitable et cruel, témoignent de la légèreté de l'existence humaine et de l'éphémèrité des choses. Le flux et le reflux, le dialogue du soleil et de la lune, la floraison des cerisiers et la chute de leurs pétales, l'ascension et la reconnaissance d'un réalisateur jusqu'à sa dernière œuvre, sont tant d'exemples que pourrait illustrer Le Conte de la Princesse Kaguya et le cinéma d'Isao Takahata.

 

Publié dans Cinéma

Commenter cet article

akai monkey 15/07/2014 21:28

Et bien encore un film d'animation japonais qui m'était inconnu, comme beaucoup de personnes "le tombeau des lucioles" m'a terriblement marqué, alors je prendrai le temps pour regarder celui là.
D’ailleurs j'ai regardé récemment "Millennium Actress" de Satoshi Kon. C'est un petit chef d'oeuvre !. (Si tu ne connais pas ce réalisateur, je ne peux que te conseiller de voir ces films : Perfect Blue, Paprika..)