Rire

Publié le par Alex

The Wolves (Act I and II) by Bon Iver on Grooveshark

 

Ce mardi 7 janvier 2015, à 11h30, le siège de l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a été la cible d'un attentat. Je n'écris pas cet article pour accabler ses auteurs, aujourd'hui neutralisés, qui ne valent pas cette peine. Je n'écris pas non plus pour alimenter les polémiques, les récupérations politiques ou pour vous parler du terrorisme. J'écris parce que je dispose d'un droit qui a été vivement atteint lors de cette fusillade.

Jean Cabut (dit "Cabu", 76 ans), Stéphane Charbonnier (dit "Charb", 47 ans), Bernard Verlhac (dit "Tignous", 57 ans), Philipe Honoré (dit "Honoré", 73 ans), Georges Wolinski (dit "Wolinski", 80 ans), Bernard Maris (dit "Oncle Bernard", 68 ans), Mustapha Ourrad (correcteur du journal, 60 ans) Elsa Cayat (psychologue, 54 ans), Michel Renaud (voyageur, 69 ans), Frédéric Boisseau (agent de maintenance, 42 ans), Ahmed Merabet (policier, 42 ans) et Franck Brinsolaro (policier, 49 ans). Ces douze personnes ont perdu la vie lors du drame. Certaines étaient connues de tous, d'autres pas du tout, mais il ne faut pas les oublier pour autant. On déplore également plusieurs blessés. De plus, les événements qui ont suivi l'attentat (une fusillade et deux prises d'otages) ont tué cinq autres personnes que sont Clarissa Jean-Philippe (policière, 26 ans), Yoav Hattab (étudiant, 22 ans), Philippe Braham (cadre commercial, 45 ans), Yohan Cohen (employé de l'Hyper Casher attaqué, 23 ans) et François-Michel Saada (retraité, 63 ans).

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Charlie Hebdo, ce journal que l'on a insulté de tous les noms d'oiseaux. Ce journal que beaucoup considéraient comme un torchon islamophobe, antisémite, christianophobe, homophobe, raciste, sexiste, insultant, sans scrupules, irresponsable, provocateur. Ce journal, que tous ses accusateurs d'hier, défendent aujourd'hui. Qui défendent Charlie Hebdo, et plus loin, défendent des valeurs qui ont été bafouées. Provocateur, disaient-ils. S'il y a une chose que ce journal a provoqué, c'est la réflexion. Parce que ses illustrateurs excédaient dans l'art de la caricature, et en cela jouissaient de leur droit le plus cher : le droit de s'exprimer.

Je sais que beaucoup d'entre vous dessinent aussi et sinon, que vous avez tous de l'humour. Les dessinateurs qui ont été froidement assassinés dans la barbarie nous étaient familiers, du moins leur art. Ils étaient pour beaucoup une source d'inspiration dans leur manière de faire réfléchir, de nous faire esquisser un sourire, juste en quelques traits. Ils sont morts dans l'exercice même de leur art, réduits au silence. Il se cache derrière la satire, derrière l'humour, un profond respect pour la personne humaine. En se moquant de tous, ils riaient aussi d'eux-mêmes, et rire de soi, c'est rester humble. Si nous ne rions pas, nous pleurons. Alors rions.

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En tant que bloggeurs, dessinateurs, photographes, réalisateurs, musiciens, journalistes, écrivains, humoristes ou simplement citoyens, de France et d'ailleurs, nous devons préserver ce droit, cette liberté qui nous est chère. C'est pourquoi nous devons nous exprimer dès que nous le pouvons et ne pas être, comme ils l'ont été, réduits au silence. Le silence, s'il excède la minute, le recueillement ou la prière, c'est l'obscurantisme, c'est le néant.

Alors, nous sommes tous Charlie. Nous avons tous le droit et le devoir de nous exprimer librement, de dessiner, de rire des autres comme de nous-mêmes. On me dit souvent que j'ai l'humour grinçant, certains me surnomment même « Docteur ès vacheries », en témoignent certains de mes articles. Mais c'est parce que j'aime cette liberté de parole et que j'y tiens profondément. Ce n'est jamais dans l'intention de blesser quiconque, mais seulement de provoquer le rire ou la réflexion. Accuser les auteurs et illustrateurs de Charlie Hebdo de racisme ou d'islamophobie n'a pas de sens, quand on sait les idéaux pour lesquels ils ont perdu la vie. Le rire est tout ce qu'il nous reste, dans un monde où il est si facile de tout perdre.

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J'apporte alors avec cette humble allégorie ma pierre à l'édifice d'un grand mouvement de création et d'expression né suite à cette tuerie. Je m'exprime ici en tant que bloggeur, défenseur de mes droits et de mes libertés ; et en tant que personne, en hommage aux victimes et à leurs familles. Je m'exprime, et je ris. Je ris de ceux qui veulent nous enlever ces droits et ces libertés, je ris de la soif de pouvoir, je ris des armes, je ris des croyances, je ris de ces hommes, je ris de vous, je ris de moi. Je ris et je lève mon crayon en criant haut et fort que n'est pas encore né celui qui me l'enlèvera. Je ris et comme Éluard, sur toutes les pages lues, sur toutes les pages blanches, sur les images dorées, sur les armes des guerriers, j'écris ton nom : liberté.

 

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Illustrations (dans l'ordre) : Alex, Oscar Ben Barry, Kash, Pov, Fatunla Tayo, Gilles Rochier, Chaunu, Carlos Latuff, David Pope, Dave Brown, Domenico Rosa, Ruben L. Oppenheimer, Francisco J. Olea, Boulet, Tailor & Ookah, Lectrr, Blanquet, Joep Bertrams, Ygreck, Caza, Loïc Sécheresse, Plantu, Martin Vidberg Duverdier, Geluck.

 

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